Sur ses quarante années entre Le Havre et La Réunion, Jace en a passé une bonne vingtaine à peindre des personnages sans visage sur les murs du monde entier. Jeudi 7 juin, l'homme qui a escaladé des falaises et fait trembler les Chinois devrait en poser un de plus sur le M.U.R. de la rue Oberkampf. A moins qu'il n'improvise...

 

Tu as prévu de graffer quoi demain (jeudi) ?

(Rires) Je sais pas encore. J'ai à peu près l'idée du truc mais c'est pas vraiment établi. Ça me stresse un peu de ne pas savoir exactement ce que je vais faire. J'étais parti sur deux idées et puis, en montant un peu dans les archives, je me suis aperçu qu'il y en avait une des deux qui avait déjà été faite. Je l'ai mise de côté et je vais faire la deuxième. Mais l'agencement, je ne l'ai pas encore posé.

 

Tu peins depuis 20 ans un personnage que tu as appelé le « Gouzou ». C'est quoi pour toi ce fameux Gouzou ?

Un Gouzou, c'est un petit personnage qu'on peut trouver par hasard dans la rue, surtout à La Réunion. Sa caractéristique, c'est d'avoir un petit embonpoint qui trahit la bonne chaire et la bonne vie. C'est un petit personnage assez poétique, c'est un peu chacun de nous mêmes, quoi.

 

Mais c'est surtout un mec qui n'a pas de visage.

En fait je ne sais pas dessiner ni les yeux, ni la bouche, ni rien, donc voilà. A l'origine c'était une question de pratique pour être le plus efficace et le plus rapide et il y a un petit côté reflet de soi-même, jeu de miroir pour la personne qui le regarde. Les gens, que ce soient des gamins ou des vieux, me disent qu'ils se retrouvent dans ce personnage.

 

Et tu n'as pas l'impression de faire la même chose depuis 20 ans ?

Non, j'ai pas nécessairement le sentiment de faire la même chose. J'espère en tout cas que le personnage a évolué. Après c'est sûr que c'est pas toujours évident d'être innovant avec quelque chose qu'on traîne depuis 20 ans mais j'essaye de faire des nouveaux trucs à chaque fois. C'est le challenge, de ne pas lasser les gens, de les surprendre à chaque fois. Le but, c'est pas comme un logotype qu'on répéterait à l'infini.

 

 

Tu ne t'es jamais dit 'j'arrête les Gouzous' et je passe à autre chose ?

Je me suis pas dit ça. C'est vrai que j'ai dû sortir six bouquins maintenant et à chaque fois que j'en sors un je me dis que je suis peut-être arrivé au bout d'un truc et que là c'est peut-être la fin. Et puis tout naturellement je continue à en faire et je continue à m'éclater donc voilà, l'aventure continue.

 

Tu as aussi fait des graffs plus extrêmes, sur des falaises. Tu t'en souviens d'un en particulier ?

Le plus chaud, il était à au moins 40 mètres je pense. Il a fallu le faire en deux temps, on a galéré avec la voiture, etc. Mais le plus spectaculaire c'était 400 m2 qu'on s'est fait en une nuit à treize ou quatorze à La Réunion. Il y avait deux niveaux de deux fois 10 mètres sur 70 mètres de long.

 

Tu as fait tellement de Gouzous que tu as fini par te le faire pirater par des Chinois...

Ouais, une marque chinoise. Je les ai attaqués par voie d'avocat et j'ai eu gain de cause en fait. J'ai eu beaucoup de chance, ils venaient de créer le bureau des droits d'auteurs, du coup ça a fait jurisprudence là-bas. Voilà, j'ai pas gagné de tune, j'en ai perdu mais sur le principe c'était important de le faire. J'avais une avocate sur place qui a défendu le truc. Mais là c'était vraiment un verdict administratif et ensuite on pouvait taper sur du juridique tout ça, mais je pouvais plus gérer le truc et ça allait me coûter beaucoup trop de pognon alors j'ai laissé tomber.

 

A côté de ça, tu as vendu une toile 25 000 €. Le graff, c'est ce qui se rapporte le mieux sur le marché de l'art ?

En ce moment peut-être. Même si les 25 000 €, je les ai pas mis dans la poche, c'était pour une association à but caritatif. Après il y a une certaine fierté d'avoir vendu l’œuvre à ce prix là. Mais je pense que c'est très précaire, très temporaire. Ça marche en ce moment mais c'est vachement des courants, l'art contemporain. Un jour ils veulent un truc et le lendemain autre chose. Ça marche actuellement, tant mieux, mais je me fais pas trop d'illusion pour le futur.

 

Propos recueillis par Pierre Boisson

 

Jace, Jeudi 7 Juin à partir de 14h, Place Verte, 75 011 Paris

Du 9 au 21 juin 2012, rétrospective "20 piges" à la Galerie MathGoth, 103, rue Saint-Maur 75011 Paris

 

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